Notre cerveau ne nous montre pas 100% de la réalité telle qu’elle est, tout simplement car c’est impossible. Pour des raisons “économiques”, il filtre et interprète automatiquement ce qu’il perçoit. Les études récentes 1 en neurosciences confirment que cette expérience hautement subjective de la réalité est façonnée par un équilibre entre nos attentes, basées sur nos expériences antérieures, et les informations sensorielles de l’instant.
Face au flux constant de nouvelles informations, notre cerveau se comporte comme une “machine à prédire” qui filtre automatiquement les informations selon nos croyances préexistantes pour maintenir une cohérence cognitive. Nous ne percevons ainsi qu’une fraction biaisée du réel, construite par nos schémas mentaux pour donner du sens rapidement à notre environnement.
Ce fonctionnement inconscient est très efficient et nous permet de ne pas passer notre journée à ne pas savoir où donner de la tête : les croyances nous aident à avancer, quitte à nous tromper, ce qui mettra à jour le schéma mental pour une autre fois.
Les croyances limitantes nous freinent
Ces filtres perceptuels ultra-performants deviennent problématiques lorsqu’ils rigidifient notre processus de décision. Les recherches2 montrent qu’une composante émotionnelle essentielle intervient dans la prise de décision, créant des biais systématiques, qui seront opportuns pour nous, ou… au contraire, limitants.
Exemple : une dirigeante qui évite inconsciemment certaines opportunités de croissance car ses réseaux neuronaux associent succès financier et grosse masse salariale au rejet social, basés sur l’expérience paternelle d’échec entrepreneurial. Elle sous-investit, recrute au minimum et innove peu pour rester en “petite voilure” pour ne pas vivre l’échec associé enfant au succès (croyance : “quand on va haut, on tombe de haut”).
Son cerveau priorise la cohérence avec ses croyances sur l’argent plutôt que l’analyse objective des données business, limitant ses décisions stratégiques par des mécanismes de prédiction biaisés ancrés dans l’émotion et le passé.
(2)
- A novel model of divergent predictive perception Open Access. Reshanne R Reeder , Giovanni Sala , Tessa M van Leeuwen. Neuroscience of Consciousness, Volume 2024, Issue 1, 2024 ↩︎
- Bubic A, von Cramon DY, Schubotz RI. Prediction, cognition and the brain. Front Hum Neurosci. 2010 Mar 22;4:25. doi: 10.3389/fnhum.2010.00025. PMID: 20631856; PMCID: PMC2904053. ↩︎
